K et moi, inondés de la même tristesse inondante, nous nous sommes étendus sous les draps frais, nus, anéantis voluptueusement l’un par l’autre, dans la splendeur ponctuelle de notre poème et de l’aube. Notre étreinte aveuglante et le choc incantatoire de nos deux corps me terrassent encore ce soir, tandis qu’au terme de cette aube incendiée je me trouve couché seul sur une page blanche où je ne respire plus le souffle chaud de ma blonde inconnue, où je ne sens plus son poids qui m’attire selon un système copernicien et où je ne vois plus sa peau ambrée, ni ses lèvres inlassables, ni ses yeux sylvestres, ni le chant pur de son plaisir. Désormais seul dans mon lit paginé, j’ai mal et je me souviens de ce temps perdu retrouvé, passé nu dans la plénitude occulte de la volupté.
Hubert Aquin

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